L'ECOLOGIE EST ELLE SOLUBLE DANS LE CAPITALISME ???

Historique


Les fondements de l’écologie sont tirés de la biologie – terme fondé par le biologiste allemand Ernst Haeckel qui entendait en faire une des principales branches des sciences de la nature .
Déjà des dérives se firent sentir au niveau de l’interprétation du terme par Haeckel lui-même qui fut l’un des plus virulents propagandistes de l’eugénisme. On voit déjà que des idéologies très réactionnaires peuvent se prévaloir de l’écologie comme le montrera le nazisme plus tard avec la notion de race pure.

- Les premières organisations écologistes apparurent à partir de 1815 en Angleterre, et en France avec la création par Isidore Geoffroy St Hilaire de la société impériale zoologique d’acclimatation, qui a survécu sous des noms divers jusqu’à nos jours. La société nationale de protection de la nature est aujourd’hui une des associations adhérentes de France nature environnement.

- Aux Etats –unis, en 1852, la figure principale de l’écologie à cette époque est sans doute Henri David Thoreau philosophe qui prône la désobéissance civile.( lu Walden ou la vie dans les bois) . Il est à la source du courant environnementaliste aujourd’hui.

- Du côté des libertaires, la figure emblématique de l’écologie est le géographe Elisée Reclus, le premier à avoir articulé combat pour la nature et combat politique .

Si le mouvement écologique naît vraiment dans l’après 1968, c’est en s’appuyant sur les travaux de nombreux intellectuels précurseurs qui ont dénoncé pour certains d’entre eux dès les années 1930 les dérives de la société moderne :
Parmi eux beaucoup d’américains
Des philosophes ( Marcuse, Habernas , Ivan Illitch )
Pour les auteurs de langue française,on peut citer ( René Dumont, André Gorz, Paul Virilio, Edgar Morin)


L’écologie politique


L’écologie politique en France s’organise dès le début des années 1970. Les fondateurs viennent de
divers courants des mouvements de 68 ou notamment du PSU. Mais ce sont des catastrophes et des combats spécifiques qui ont popularisé l’écologie politique :
1967 : marée noire provoquée par le naufrage du Torrey canyon en Bretagne
1969 : pollution du Rhin
combat gagné contre le projet touristique dans le parc de la Vanoise
1970 : combat contre la pollution à La Hague,
Contre la centrale nucléaire de Fessenheim ( 1ère manifestation écologiste nationale)
1971 : début de la lutte contre le camp militaire du Larzac ( 10 ans)

- La très grande majorité des militants engagés dans ces combats viennent de la gauche, de l’extrême gauche et des milieux libertaires. Beaucoup de jeunes s’investissent dans ce mouvement.
Les partis de gauche institutionnels et les syndicats n’y participent guère ou pas du tout.
Certains comme le PC et CGT y sont carrément hostiles. (Le productivisme étant à l’honneur de ce côté de l’échiquier)

- C’est donc dans ce contexte que René Dumont président des Amis de la Terre ( ingénieur agronome passé brièvement à la SFIO et au PSU se présente comme le premier candidat écologiste à la présidence française en 1974 : il n’obtient que 1,32% des suffrages . Au 2ème tour , Dumont vote personnellement à gauche mais ne donne aucune consigne de vote .

- Le mouvement se divise en deux grandes tendances :
1/ vers un parti politique centralisé
2/ vers une écologie fédérative ne s’intéressant qu’aux élections locales
C’est à cette époque qu’apparaissent des noms comme Lalonde et Waechter encore présents aujourd’hui dans la nébuleuse écologiste .

D’autres combats suivront :
1977 : contre le surgénérateur Super phénix à Crey Maleville (manifestation gigantesque réprimée férocement par la police( il y aura un mort et une centaine de blessés)
Plogoff : manifestation avec là aussi une répression violente


- En 1981, Lalonde se présente aux présidentielles, il obtient 3,9% des voix et ne donne pas de consigne de vote au second tour.

- Mitterrand est élu : on tire un trait sur les projets de Plogoff et du Larzac cherchant à séduire les écologistes en perte de vitesse.

- Les Verts naissent en Novembre 1984 de la fusion des 2 principaux courants ( à l’exception de Lalonde et de ses amis qui se centralise de plus en plus, entre Rocard et les radicaux de gauche.

- Le 26 avril 1986 c’est l’explosion du réacteur nucléaire de Tchernobyl en Ukraine.
A ce moment-là c’est Waechter et son courant « ni gauche ni droite » qui prend le pouvoir du parti vert.

- 1988 Rocard nomme Lalonde secrétaire d’Etat, et l’Elysée, financera en partie Génération Ecologie où l’on trouve de tout : des socialistes, des gens de droite Borloo, des écolos modérés comme Mamère…(Noêl)
- Lalonde finira carrément à droite
- chez Waechter on trouve aussi de tout : une partie à gauche ( Voynet, Benhamia…)
une partie au centre
une partie vers l’extrême droite( Languedoc Roussillon)


La suite vous la connaissez, elle est plus près de nous :
• Noêl mamère avec Tapie en 1994 ( Energie radicale)
• Lalonde qui soutient Balladur en attendant de rallier Alain Madelin
• Les verts avec Voynet dans la gauche plurielle
• Benhamia avec Bayrou depuis 2007 etc. …etc. …. et j’en passe
Après ce cahot idéologique et toutes ces « combinazion », on a envie de revenir sur terre et de retrouver tranquillement nos fondamentaux marxistes : classe contre classe et pour le reste on verra après.
Le problème c’est que lorsqu’on revient sur terre , c’est pas terrible et que les choses se sont plutôt aggravées du point de vue de l’environnement, de la santé, des catastrophes en tout genre, de la faim,des guerres et des projections sur l’avenir .
Il faut quand même reconnaître que le mouvement écologiste a eu le mérite d’avoir mis la crise écologique à l’ordre du jour, et rendre hommage à ceux qui dans les années 70 se sont battus sur le terrain avec souvent beaucoup de courage, et à ceux qui se battent encore aujourd’hui. (Faucheurs volontaires….
)

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Les données de la crise écologique


Elle est le résultat de l’action humaine sur la nature:
• apparition accélérée de nouveaux produits et formes de production sans évaluation préalable de leur impact écologique
• maintien de techniques et de produits nuisibles (ex. l’amiante dont le danger est connu depuis 1905 ; les pesticides; les phosphates dans les poudres à lessiver; les OGM)
Les choix technologiques et le boom économique de 1950-1970:
• l’automobile avec les carburants
• l’augmentation de l’utilisation des combustibles fossiles qui s’accélère
• le développement de l’industrie chimique: pesticides et engrais
Les crises des économies bureaucratiquement planifiées :Urss et pays satellites
• disparition de la mer d’Aral au profit de la culture extensive du coton dans une région désertique
• l’accident de Tchernobyl, dû à une décision folle des ingénieurs pendant un weekend
Le réchauffement climatique, dont les causes principales sont:
• l’utilisation des combustibles fossiles dans les transports, le chauffage et les climatisations, la production d’électricité dans les centrales thermiques
• la déforestation accélérée pour diverses raison, dont les besoins en bois durs de l’industrie du meuble (Ikea), la production d’huile de palme, de soja, etc
• l’agriculture intensive hors sol ( poulets, porcs,…)
Le nucléaire :
• il est avant tout, et dès le début, une industrie militaire : la bombe, les missiles à tête nucléaire, les munitions à uranium « appauvri », les sous-marins nucléaires, les sites nucléaires hautement pollués, les stock de plutonium qui demandent une surveillance constante et sans failles etc., et récemment de nouvelles recherches pour l’utilisation des mini bombes
• le nucléaire français civil : c’est un système lourd et peu flexible qui monopolise les investissements au détriment d’autres systèmes comme les énergies renouvelables,
et aux mesures d’économie d’énergie (dans le bâtiment par ex.)

Autres indicateurs de la crise écologique globale : la pollution de l’air dans les grandes métropoles ; la pollution de l’eau et la dégradation des sols par l’érosion, la diminution dramatique de la biodiversité (certain parlent de la grande « extinction » des espèces), les catastrophes industrielles (Bhopal en Inde) et naturelles dues au climat (New Orleans, le cyclone au Bangla Desh), les réfugiés climatiques dans certaines îles du Pacifique…


La menace d’un changement climatique se confirme .
L’augmentation de la teneur en gaz carbonique de l’air est responsable à 70% du réchauffement en cours : elle provient essentiellement de la combustion du charbon, du pétrole et du gaz naturel, qui représente 80% des sources d’énergie de nos sociétés ; il faut y ajouter 1,5 milliards de tonnes de carbone pare an dû à la déforestation tropicale. Le CO2 émis aujourd’hui ne sera pas totalement résorbé avant un siècle.

Le réchauffement climatique entraîne la fonte des glaces continentales. La plupart des glaciers de montagne ont perdu un volume considérable ce qui contribue pour 30% à la hausse actuelle du niveau de la mer. Le Groenland a perdu 150 gigatonnes de glaces par an depuis 15 ans.

Il ne s’agit pas de tomber dans le catastrophisme, mais de saisir l’urgence d’un changement de système dont la dimension économique, sociale et politique renvoie directement à l’exigence d’une sortie du système capitaliste .

Les sceptiques et les boulimiques de la consommation sans entrave ainsi que les profiteurs de la surexploitation de l’homme et de la nature ne peuvent même plus se cacher derrière des soi-disant divergences de point de vue des scientifiques. Tous les scientifiques, sauf Claude Allègre s’il en est, sont d’accord sur les causes et les effets.
D’autre part, la dimension mondiale de la question écologique est de première importance dans ce qu’elle implique les relations Nord/Sud, pays riches/pays pauvres, les risques de guerre pour l’eau, les matières premières, les famines etc ……..
Les pays riches s’accaparent 80% des ressources naturelles de la planète alors qu’ils ne comptent que pour 20% de la population mondiale .
Pour résumer, notre niveau de développement économique ( dans les pays riches) sous-entend le pillage systématique du reste de la terre et l’asservissement économique de populations entières . En plus, notre niveau actuel de « surdéveloppement » des pays riches est déjà insupportable pour la biosphère .
Il est donc exclu que l’ensemble de la société humaine puisse vivre au niveau de développement des pays riches, du moins sous la forme où il existe aujourd’hui .


Que font les politiques ?


Face à ces évidences qui ont fini par s’imposer dans les têtes, grâce, il faut le dire, au travail de toutes les associations écologistes dans le monde qui, depuis une quarantaine d’années font un travail remarquable en matière d’analyse dans tous les domaines liés à l’environnement et en matière d’alerte des populations, les pouvoirs politiques ont dû réagir :
Ils ont inventé la notion de « développement durable » qui apparaît pour la 1ère fois dans le rapport de la commission mondiale sur l’environnement public en 1987. De réunions internationales en réunions internationales, ce concept a fini par faire consensus. De quoi s’agit-il vraiment ?

Voyons sa définition officielle :
« Le développement durable est un développement qui satisfait les besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures de satisfaire les leurs. »
Oh, miracle ! Toutes les grandes multinationales dignes de ce nom se sont empressées de s’y référer ( Monsanto, Suez, Total, Porsche et consorts en font partie).
Citons le PDG de Renault – Louis Schweitzer- en 2004 :
« Le développement durable n’est ni une utopie, ni même une contestation, mais la condition de survie de l’économie de marché «
Autre exemple de taille : « le développement durable, c’est pas moins de croissance, c’est plus de croissance ! » là c’est Sarkozy le 20 mai 2008.

La trouvaille est admirable, elle permet de continuer comme avant , tout en faisant croire que tout va changer . C’est bien parce que le concept est vide de tout contenu transformateur, qu’il a su rassembler, main dans la main, les adeptes du productivisme de tout poil : firmes transnationales, gouvernements, syndicats, patronat, universités, pseudo écologistes, conservateurs, réformistes, riches et pauvres .

Dans développement durable il y a développement, synonyme depuis toujours de développement économique c'est-à-dire croissance économique auquel on ajoute durable, donc inscrit dans la durée . On a donc convenu que toutes les économies du monde ( au nord comme au sud ) allaient devoir continuer d’accroître indéfiniment leur production et leur consommation .
Tout est donc parfait du moment où l’on ne critique pas le niveau de vie des plus riches ( à traduire par les plus pollueurs). La classe dominante est sauvée, elle a récupéré la critique environnementale tout en conservant le système qui assure sa domination : bien entendu le capitalisme.

Malgré le fait que des signaux d’alarme apparaissent partout (désertification, raréfaction de l’eau sans précédent, perte de la biodiversité, terres de moins en moins fertiles, etc…..la classe dominante continuera sans cesse à minimiser l’ampleur de la crise parce qu’elle ne cherche au fond qu’à garder intact le monde inégalitaire tel qu’il est, et qui est le fondement même de sa domination.

Les réformistes (PS Verts) ont adhéré à ce concept parce qu’ils refusent de remettre en cause le capitalisme. D’où leur participation à des initiatives tel le Grenelle de l’environnement qui cautionne les pouvoirs en place et entretiennent l’illusion auprès de la population que oui, on peut régler la crise écologique sans s’en prendre au système capitaliste qui l’a engendré .
On remarque d’ailleurs que pour ce Grenelle, les seules « avancées » portent sur des secteurs où il y a du profit à réaliser : bâtiment, éoliennes …. Mais rien sur la remise en cause du nucléaire, le rejet de CO2 (industrie automobile, développement du transport ferroviaire)
, la santé (interdiction des substances cancérigènes, pesticides etc….)
La question des OGM n’est pas réglée ; les lobbys continuent d’agir à Bruxelles .

Ailleurs, le développement des biocarburants (Comme au Brésil : gouvernement de gauche réformiste) menace de famine les populations les plus pauvres de la planète.



Face à cette situation, quel peut être notre positionnement?


Notre responsabilité politique est de proposer des solutions radicalement écologistes face à l’ampleur de la crise environnementale. Et, comme on vient de le voir, ces solutions ne peuvent s’inscrire que dans une politique anticapitaliste.
Marx démontre très tôt la tendance du capitalisme à produire toujours plus, de manière incessante (voir travail salarié et capital). Le marxisme est un outil indispensable et pertinent pour démontrer qu’il y a une contradiction indépassable entre capitalisme et préservation de l’environnement, et donc la nécessité de rompre avec ce système.

-Il nous faut contester radicalement le discours selon lequel le progrès social serait proportionnel au taux de croissance ; dire qu’il n’y a pas de relation mécanique entre croissance et préservation des besoins sociaux : les besoins sociaux doivent être satisfaits tout en préservant l’environnement
-Il faut aussi dénoncer les différents accords d’organisation comme l’OMC par exemple sur les droits de propriété intellectuelle qui permet entre autre la captation par l’agrobusiness de toute la chaîne alimentaire et permet l’utilisation des OGM, ou bien la dépendance aux multinationales de la pharmacie pour l’accès à la santé . Il en va de même de l’accord sur l’agriculture qui oblige les pays du Sud à ouvrir leurs frontières aux exportations subventionnées de l’Europe et des USA .
Le progrès social doit s’apprécier à l’échelle planétaire, non dans un cadre étroitement national.
Le PIB qui sert à définir la croissance doit être revu :
• Les services procurés par les ressources environnementales ne sont pas comptabilisées.
• Les dommages causés à l’environnement ne sont pas déduits.
• Toute exploitation d’une ressource naturelle augmente le PIB, et ceci, même si cette ressource s’épuise
etc……….
Nous devons renoncer à la notion de « socialisme de l’abondance » cher aux PC du 20ème siècle qui a donné le désastre écologique que l’on sait en Europe de l’Est et en URSS.
La tension qu’il y a (on ne peut pas le nier) entre l’écologique et le social doit être dépassée.


On peut citer quelques éléments qui doivent permettre une conversion écologique et sociale du système productif :
- abandon ou réduction drastique des productions néfastes et dangereuses : abandon du nucléaire civil et militaire, de l’essentiel de la production d’armement, réduction drastique des pesticides
- rapprochement des lieux de production et de consommation pour réduire autant que possible les transports d’échange
- réorientation rapide des secteurs de production énergétique vers les énergies renouvelables
- réorganisation du secteur des transports privilégiant des transports publics peu consommateurs d’énergie
- soutien de l’agriculture biologique et de proximité.
- réorganisation de la grande distribution qui surexploite des petits producteurs et des salariés d’un côté et pousse à la surconsommation de l’autre. Cette réorganisation doit passer par le contrôle public des grands distributeurs si nécessaire.
- suppression de la publicité remplacée par un service public d’information du consommateur sur les produits et services
- extension des services publics pour les services, mais aussi vers la production de biens communs bien entendu avec un contrôle démocratique.

On peut le résumer ainsi : Aller vers une décroissance des secteurs énergétivores, inutiles, polluants et dangereux (amendement St Cyprien) et vers une croissance dans les activités allant dans le sens d’un progrès social pour tous, tout en préservant l’environnement.


Ce bouleversement du système productif doit se faire sans que les travailleurs en fassent les frais. Ils doivent en être les principaux bénéficiaires.
Quand cette réorganisation induit des fermetures d’activités, une reconversion sans licenciement ni perte de rémunération doit être dirigée vers les secteurs qui doivent être développés par ailleurs.
Cette réorganisation doit aussi s’accompagner d’une réduction importante du temps de travail rendue possible par l’abandon des productions néfastes, et nécessaire pour en finir avec le chômage. La santé des travailleurs, des villes et des campagne, doit être une priorité de cette nouvelle organisation, car ne l’oublions pas, on ne le dit pas assez : ce sont eux qui subissent, les premiers, les conséquences de la production intensive et polluante.

Il reste bien d’autres propositions à faire pour cette nouvelle orientation du socialisme. Le NPA peut y contribuer.
Il reste à trouver un nom à cette nouvelle orientation qui permette de la distinguer de l’écologie réformiste. Il apparaît déjà que le terme d’écosocialisme soit particulièrement
bien adapté.
Je finirais par cette phrase qu’a écrit Karl Marx :

"L’homme est le produit de son environnement."

Par Martial
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