A propos du texte du CE du NPA intitulé « Après le 19 mars ».

Ce qui me pose problème ce sont les perspectives qui sont annoncées. Mais avant, il faut revenir aux journées du 29 janvier et du 19 mars , sans oublier ce qui fut la cerise sur le gâteau, la journée du 18 février.

Quand fut connu l’appel à la journée du 29 janvier, la réaction d’un camarade de travail fut : « Le mois de janvier aurait eu 40 jours, que nous aurions manifesté le 39 ». Cela indique bien le contexte fut organisé la journée du 29 janvier. Depuis le 25 juin 2008, depuis l’annonce par le gouvernement Sarkozy  de l’« l’urgence » demandée sur le projet de loi mettant en musique l’accord sur la représentativité et les 35 heures, côté directions syndicales, ce fut les abonnés absents. Rien d’annoncé avant septembre ou octobre peut-être alors que toutes savait ce que la procédure d’urgence signifiait : le vote du texte dans un délai d’un mois soit au plus tard, le 25 juillet.

Et pendant ce temps-là, la « crise » faisait son œuvre. Chômage technique, licenciements économiques présenté comme des « ruptures négociées », plan sociaux dans les plus grosses boites, dégradation profonde des conditions de travail, dans certaines entreprises la crise est utilisée comme prétexte pour « dégraisser », etc…

Ce qui fait que la situation n’était plus vivable pour les travailleurs, il était donc nécessaire pour les dirigeants syndicaux de prévoir et de s’organiser pour user la combativité des salariés.

L’appel au 29 au mois de décembre et le texte des 8 organisations syndicales rendu public le 5 janvier se situe entièrement à la fois comme une lamentation (une interpellation selon le texte) auprès des « entreprises, du patronat et de l’Etat » et un soutien sans réserve au capitalisme. Ce texte ne contenait pas grand-chose de concret si ce n’est le rejet du travail du dimanche. L’exercice était périlleux : ne pas faire un bide et ne pas aller trop loin. Et c’est contre le contenu de cet appel, pour leurs revendications, que les travailleuses, les travailleurs se sont mis en mouvement. De nombreux appels ont relayé cet appel en le gauchissant. Et plus on se rapprochait de la base, plus les appels reprenaient un tour concret.

Le 18 janvier, en recevant « les partenaires sociaux », Sarkozy déclarait : « Je veux commencer par vous remercier pour l’ampleur de la tâche que vous avez accomplie en 2008. », il poursuivait : « Je veux saluer votre esprit de responsabilité pour ce que vous avez fait sur la représentativité syndicale. » Il n’est pas besoin d’en dire plus.

Et le 29 janvier fut à la hauteur des prévisions. Des milliers et des milliers de manifestants dans une ambiance où dominait les slogans anti-gouvernementaux.

Et le 29 au soir, Sarkozy en remettait une couche sur le « dialogue social » : « Dans cet esprit, je rencontrerai durant le mois de février les organisations syndicales et patronales afin de convenir du programme de réformes à conduire en 2009 et des méthodes pour le mener à bien. »

Et c’est ce que les directions syndicales ont faites, bien sagement, bien gentiment, le 18 février. Et c’était tellement écrit que les documents fournis lors de la discussion étaient mis sur internet peut-être même avant qu’ils ne soient produits lors de la « réunion ». Le tout sur fond de Guadeloupe.

Et le 19 a été un succès. Mais les travailleurs en ont ras-le-bol des journées d’action à répétition qui ne mènent à rien sinon à la défaite et à la démoralisation. Soit dit en passant, quand un salarié est en chômage technique, 2 jours par semaine et que ces jours sont le lundi et le vendredi, il est difficile de lui demander de faire grève le jeudi.

La CE explique : « La rue, tant méprisée par le pouvoir, doit relever le défi posé par Sarkozy, le défi de l’épreuve de force. Dans cette situation, les directions des organisations syndicales ont décidé de se revoir après un délai de réflexion. » Il est nécessaire de dire la vérité et d’être précis. Le défi de Sarkozy, c’est : « Virez moi ou soumettez vous ». Ce n’est pas autre chose. Et les manifestations, et les manifestants, posent la question de virer ce gouvernement.

De même, offrir comme unique perspective une nouvelle « journée d’action » en disant : « Nous le disons avec force, alors que les plans de licenciements s’accélèrent : il faut une nouvelle date de grève et de manifestations le plus vite possible ! Personne ne comprendrait après les succès des deux dernières journées, l’absence d’un calendrier offensif. Seule la généralisation des grèves et des manifestations, la nécessité d’un mouvement social prolongé, feront reculer le  pouvoir. »

Les plans de licenciements prennent de l’ampleur. Le « chômage technique » vient tailler dans les ressources des salariés les moins biens payés. C’est tristement vrai. Mais personne ne veut d’une nouvelle journée d’action. Et ce n’est pas comprendre ce qui se passe dans la classe ouvrière que d’avancer ce mot d’ordre.

Et la grève générale, ce ne sont pas des journées d’action à répétition. Ce ne sont pas des journées d’action qui se suivent. C’est comme l’expliquait Léon Trotsky, dans Où va la France : « Ce ne sont pas des grèves corporatives. Ce ne sont pas des grèves. C'est la grève. C'est le rassemblement au grand jour des opprimés contre les oppresseurs. C'est le début classique de la révolution. » Et je ne pense pas qu’il y ait besoin d’un calendrier.

Dans son texte, la direction du NPA ajoute : « A condition d’être unis. » 

C’est nécessaire, c’est pourquoi le NPA se doit d’avancer la perspective « de se préparer à la grève générale » et dans cette préparation, la question de l’unité se pose. Et c’est le sens du début d’existence de collectifs « Tous ensemble » ou autres. Il est de notoriété publique que la coalition syndicale actuelle des 8, ne tiendra pas si se pose la question d’un affrontement de première grandeur avec le gouvernement. C’est cela qu’il faut avancer. Nous ne construirons pas l’unité de tous les travailleurs autrement. Nous construirons l’unité des travailleurs avec tous les travailleurs.

Une déclaration unitaire : « C’est pourquoi le NPA s’adresse à toutes les forces de la gauche syndicale , sociale et politique afin de poursuivre le combat. Nous proposons aux partis et organisations politiques signataires du texte de soutien à la journée du 19 mars de se réunir dans les plus brefs délais, afin d’agir ensemble en ce sens. » Si la déclaration commune explique que l’heure est à organiser la confrontation avec le gouvernement, pourquoi pas ?

Dans la situation actuelle, nous devons tenir ensemble trois fils :

·        Le premier, c’est celui des revendications, du « programme d’urgence ». Nous ne devons pas échanger le droit d’aînesse de « l’interdiction des licenciements » ou de la « nationalisation des banques sans indemnité ni rachat » contre le plat de lentilles d’un « fonds d’intervention » ou la « création d’un grand pôle public bancaire ».

·        Le deuxième fil, c’est « nous préparer à la grève générale pour préparer la grève générale », construire des collectifs, des « comités de liaison des travailleurs », là où nous pouvons rassemblant des sections syndicales, des syndicats, des militants ouvriers, isolés.

·        Le troisième fil, c’est expliquer partout que l’enjeu de la situation actuelle, ce n’est pas de faire « reculer le gouvernement ». Exprimer comme ceci : « faire reculer le gouvernement », c’est tomber dans le « trade-unionisme », le « syndicalisme ». C’est expliquer publiquement que le gouvernement peut céder, peut satisfaire les revendications. Dire ceci est une tromperie politique. Le gouvernement français n’a pas les moyens d’une autre politique. Il n’a que trop attendu. L’élection de Sarkozy en est la preuve. Le NPA doit devenir le parti qui veut chasser Sarkozy et le remplacer par un « gouvernement des travailleurs qui satisfasse les revendications ouvrières ».

Saint Etienne, le 30 mars 2009.