Entretien avec Christophe Fargeot, éleveur et producteur de lait

Publié le par comité NPA Loire Nord

Christophe fait partie d’une GAEC à St Claude Huissel (69550) avec 6 autres associés, il sait bien que tout se passe au niveau européen, et que c’est à ce niveau qu’on doit pouvoir agir ; C’est pour cela qu’il à rejoint l’Organisation des Producteurs de Lait (OPL) et l’Association des Producteurs de Lait Indépendants (APLI) ; deux organisations qui fédèrent l’European Milk Board (EMB) en France. Il a été de ceux qui ont permis à l’EMB de se révéler, et de vivre dans la région.

 

Ce syndicat (l’EMB) cherche à regrouper les producteurs de tout horizons autour de l’idée centrale que mieux vaut une politique de « prix du litre de lait » plutôt qu’une politique de subvention.

 

Christophe est un des initiateurs du mouvement de grève du lait commencé jeudi dernier:

 

« L’objectif de la grève est de créer un manque de lait sur le marché, afin de rendre une dynamique de hausse du prix du litre.

Cette baisse des prix que nous avons subi s’est trouvée fortement impulsée par une augmentation de 20% du droit de produire sur la campagne 2008-2009, décision politique reçue comme une aubaine pour les industriels, face à cela, l’EMB défend une diminution de 5% des quotas pour 2009-2010.

 

Actuellement, les effets de la grève commencent à se faire sentir, des pertes assez importantes de chiffres d’affaires incitent les industriels à réfléchir, aussi le lait « spot » ou lait « flottant », c'est-à-dire au plus bas prix, est passé de 18 centimes d’euros, à 30 centimes d’euros en trois jours, pour se retrouver à l’heure d’aujourd’hui à 40 centimes ; voila encore une preuve des bénéfices de la régulation de la production du lait.

 

Pour autant, l’Agriculture reste dans l’attente d’une vraie politique européenne, avec un cadre viable ; les entretiens de vendredi matin (le 18/09) avec le préfet de région et le directeur de la Direction Régionale de l’Agriculture et de la Forêt (DRAF) semblent signifier que le message est passé et ils se sont engagés à œuvrer dans le sens de la défense de la régulation.

Ils ont aussi reconnus que la France est le seul pays au monde à offrir une sécurité alimentaire et un bon niveau de respect environnemental qui génèrent des coûts de productions plus élevés.

 

Aujourd’hui, l’Agriculture se trouve à un point de rupture, et on ne peut plus se contenter de vagues promesses politiques sous peine de voir disparaître rapidement une majorité d’exploitants.

 

Un prix européen du litre de lait permettrait d’améliorer la qualité de vie des producteurs dont les heures de travail restent aberrantes, et d’autre part de pérenniser le fonctionnement de nombreuses exploitations au détriment de la recherche de profits toujours croissante des financiers.

 

Malgré les difficultés économiques que la grève provoque pour nous, les producteurs, nous ne céderons pas avant d’avoir obtenu la mise en place d’une réelle politique garantissant notre avenir. »

 

 

Propos recueillis par Jérôme

 

 

Le NPA Loire Nord ne peut que se réjouir de l’état d’esprit affiché par des organisations telles que l’EMB, ainsi que des justesses d’analyse exposées sur la question européenne.

Néanmoins nous restons vigilants quant à la mise en pratique effective des promesses affichées par les instances politiques, en mettant sérieusement en doute les marges de manœuvres dont elles peuvent disposer pour influer sur les décisions européennes.

Nous réaffirmons notre soutien avec ce mouvement de grève afin d’obtenir que les producteurs de lait puissent vivre décemment de leur travail ; voici les propositions de notre organisation:

 

Les mesures d'urgence à adopter: maintien du régime des quotas; plafonnement des volumes autorisés par actif, en les ajustant à la demande et arrêt des exportations européennes en parallèle; intervention de l'Etat dans la répartition des marges et la fixation du prix payé aux producteurs, en tenant compte des coûts de production; restauration de barrières douanières et de taxes à l'entrée de l'Europe pour empêcher l'entrée des produits soumis aux dumpings social et environnemental; taxation des transactions financières et lutte contre la spéculation sur les matières premières.

Mais, pour en arriver là, deux préalables sont nécessaires: la suppression du principe de « concurrence libre et non faussée » de l'Union européenne et la sortie de l'agriculture des négociations de l'OMC. 

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