Contribution de camarades du 92 Nord à propos des alliances

Publié le par comité NPA Loire Nord

QUELLE UNITE, QUELLE POLITIQUE D'ALLIANCE?


Ce texte se veut une invitation au débat sur l’orientation qui devra être adoptée par notre parti à partir de la rentrée, en matière d’unité et d’alliances. Dans le prolongement dernier CPN et avant l’Université d’été et le prochain CPN, certains camarades ont éprouvé le besoin d’apporter des contributions sur ces questions. Nous-mêmes, militants de plusieurs comités du 92 Nord, avons tenu à exprimer notre avis à ce sujet, et à inviter la Fédération 92N au débat dans le cadre de la préparation de son congrès. Au-delà, nous souhaitons nous adresser à l’ensemble du parti avant le prochain CPN. Des contributions complémentaires, individuelles ou collectives, plus étoffées, pourront suivre.

Il existe, sans nul doute, un accord général dans le NPA pour considérer que l’unité dans les luttes est un élément essentiel pour favoriser celles-ci et pour leur donner les meilleures chances de parvenir à  une issue favorable. Nous pensons, comme certainement l’ensemble des camarades du parti, que nous devons nous efforcer de construire une large unité des organisations politiques, syndicales et associatives autour des luttes sociales, avec l’objectif de les faire converger vers une grève générale. Nous devons construire de la base au sommet l’unité des organisations du mouvement ouvrier et du mouvement social pour donner confiance aux travailleurs et créer une dynamique de luttes, qui permette d’engranger des victoires autour des revendications.

Il existe également un accord très large dans notre parti pour considérer qu’il ne faut pas, par principe, rejeter les alliances électorales, et même que nous devons les favoriser pour éviter l’éparpillement inutile des votes et obtenir des scores significatifs, de nature à donner confiance aux travailleurs. Et nous sommes en accord avec cette position.

Mais nous rejetons l’association systématique de « l’unité dans les luttes et dans les élections ». Nous pouvons très bien rechercher l’unité la plus large autour des luttes tout en favorisant une unité plus restreinte, plus cohérente, plus claire dans les élections. Celles-ci servent avant tout à faire connaitre un programme, des propositions politiques, une stratégie.

Ce que nous refusons, c’est une politique d’alliances électorales – qui nécessite un accord programmatique et stratégique – avec des partis réformistes tels que le PCF et le PG. Réformistes, ces partis le sont bel et bien : il suffit de connaitre leur histoire, d’écouter et de lire ce que racontent leurs dirigeants, et d’observer leurs pratiques dans les luttes ou par rapport à celles-ci pour en être convaincus. Nous souhaitons, certes, impliquer ces partis dans le soutien aux luttes sociales, et notamment celles des travailleurs. Mais nous pensons erroné et dangereux de nous lier les mains par des accords forcément minimalistes avec de telles forces politiques.

Pourquoi ce refus ?

Parce que nous pensons que les questions électorales ne sont pas que des questions purement tactiques, surtout lorsqu’un accord programmatique est nécessaire pour constituer une alliance.

Parce que, nécessairement, cet accord programmatique se ferait sur la base du plus petit commun dénominateur entre nous et nos partenaires, et que cette base serait forcément insuffisante et incohérente par rapport aux objectifs fondamentaux du NPA, si l’alliance se faisait avec des forces comme le PCF et le PG.

Parce que notre tâche dans la période actuelle est de favoriser la convergence des luttes et la grève générale illimitée, seule réponse à la hauteur des reculs subis par les travailleurs depuis des décennies, et à la hauteur des attaques féroces que le gouvernement et le patronat continuent à vouloir nous infliger pour nous faire payer la l’incurie de leur système. Or, il nous semble clair que des partis tels que le PCF ou le PG ne sont pas des partenaires fiables pour construire la grève générale

Du fait de la présence dans ces partis de nombreux et influents membres de la bureaucratie syndicale contre laquelle nous devons en permanence batailler, et qui fait tout pour cloisonner les luttes et en limiter la portée, avec notamment comme résultat la dilapidation de la combativité des travailleurs, aboutissant aux calamiteuses journées du 26 mai et du 13 juin dernier. Que l’on songe seulement à Bernard Thibault ou Didier Le Reste et au rôle funeste que ces gens peuvent jouer dans les luttes!

      Comment envisager une alliance programmatique avec des gens qui font tout pour éviter la    convergence des luttes ?

Parce que, si leurs militants sont souvent sincèrement anticapitalistes et dévoués à la cause du socialisme, leurs directions et l’appareil de ces partis ont prouvé à de multiples reprises qu’ils n’étaient pas vraiment au service des travailleurs, et même qu’ils se mettaient en travers des luttes de ces derniers.

Parce que si, malgré tout, les luttes parviennent à converger et à transcroître en grève générale, il est prévisible que ces partis – du moins leurs dirigeants – vu leur projet politique général et leurs liens avec les bureaucraties syndicales, voudront en limiter la portée, en réserver le contrôle aux directions syndicales, et donc s’opposeront à ce qui devra alors, au contraire, être l’une de nos tâches : nous battre pour la démocratie dans les luttes, pour les comités de grève élus et révocables, pour la coordination des boîtes en lutte et pour un comité central de grève ; proposer, partout où c’est possible, des formes de luttes plus radicales, comme la grève active, la reprise du travail sous contrôle des travailleurs. Comment envisager une alliance durable, programmatique et donc stratégique avec des partis dont tout laisse penser qu’ils se battront contre cette perspective ?

Parce qu’il est faux de croire que pour amener des militant-e-s ou sympathisant-e-s de ces partis vers des perspectives anticapitalistes claires – c'est-à-dire révolutionnaires – il serait indispensable de nouer des alliances électorales avec ces partis. Au contraire, ce serait tromper ces camarades et maintenir leurs illusions sur leurs directions. Leur conclusion logique serait alors –au mieux – l’idée suivante : « puisqu’il y a accord programmatique avec le NPA, c’est que la direction de notre parti est vraiment à gauche et qu’elle ne se trompe pas tant que cela ».

Quelle unité construire ?

Pour faire avancer les luttes, les faire converger, parvenir à une grève générale dirigée démocratiquement par l’ensemble des travailleurs, il faut certes l’unité, mais pas de cette façon. Il faut, bien sûr, rencontrer les directions de tous ces partis, ainsi que celle des syndicats, mais pour essayer de les forcer à accepter la lutte autour de revendications claires et unifiantes, même si nous ne devons pas avoir d’illusions sur les manœuvres que les réformistes tenteront pour limiter la portée des luttes et en garder le contrôle. Il faut se battre sur un plan d’action dans les luttes, contre les licenciements, pour les salaires, les retraites, etc., faire des propositions claires et chiffrées en ce sens, et demander aux travailleurs de juger des propositions des uns et des autres. C’est ainsi que nous pourrons marquer des points et gagner de nouveaux – nouvelles militant-e-s et sympathisant-e-s, au sein des syndicats, et aussi des partis réformistes.

Pour ce qui est des élections, pour ne pas nous retrouver en position de caution de gauche des partis réformistes, nous devons bien chercher une unité – plus restreinte – mais nous ne devons nous lier qu’avec des forces politiques qui non seulement partagent notre volonté de faire converger les luttes, mais qui défendent aussi l’auto-organisation dans celles-ci et la perspective du socialisme, conçu comme une société où les travailleurs détiendraient le pouvoir. Ce n’est de toute évidence pas le cas du PCF et du PG.

 

Annick (comité de Gennevilliers) – Christophe (comité de Rueil) – Françoise (comité de Rueil) – Jacques (comité de Nanterre Ville) – Philippe (comité de Rueil) – Thierry (comité salariés de Nanterre Fac).

 

Publié dans Débats NPA

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