Commission Nationale Ecologie : Bilan des élections européennes

Publié le par comité NPA Loire Nord

Nous présentons dans cette contribution quelques éléments de bilan de la campagne des européennes et de sa dimension écologiste. Ce bilan ne peut qu’être partiel à l’heure actuelle, basé sur quelques remontées et échanges au sein de la CNE. Il s’agira par la suite de l’enrichir au vu des campagnes menées dans les différentes régions.

Ce bilan ne peut bien entendu faire abstraction des taux d’abstention et d’un certain nombre de données importantes sur les compositions sociales des électorats. Nous ne nous centrerons que sur un aspect des choses, la place de l’écologie, dans la campagne en général et dans celle du NPA en particulier.

 

  • Sur la place de l’écologie dans la campagne en général :

 

Premier constat : il faut relativiser l’idée toute faite selon laquelle les Verts n’auraient qu’un électorat de classes moyennes supérieures tandis que celui du NPA et de l’extrême gauche serait essentiellement ouvrier et populaire. L’électorat Europe Ecologie (EE) comprend 21% de moins de 30 ans, 18% d’ouvriers et d’employés, 29% de cadres. Il est composite politiquement : 7% d’électeurs d’extrême gauche, 67% de gauche, 14% de droite (dont modem). Mais surtout 13% des ouvriers votants ont voté EE, contre 23% PS, 9% NPA, et 4% FG : il y a donc plus d’ouvriers qui ont voté EE que NPA. Parmi les votants, 12% des électeurs ayant voté Besancenot aux présidentielles ont voté EE. Si on ne peut limiter l’écologie à la liste EE, force est de constater que c’est la seule liste qui a rendu visible cette question. Cela n’est sans doute pas la seule raison de son succès, mais on constate qu’il mord sur différents milieux sociaux et des électorats variés, mais dont la grosse majorité se situe à gauche. EE a su donc faire passer l’image d’une liste alternative par rapport aux logiques politiques dominantes, marquée à gauche, et répondant aux urgences de l’heure ; et ce malgré l’entourloupe que constitue le « programme » et les personnalités de EE. Par ailleurs, ce succès illustre le fait que la conscience écologique n’est pas réservée aux milieux privilégiés mais qu’elle a un impact sur toutes les couches de la société.

Cela n’enlève rien aux ambigüités de la campagne EE et de ses dimensions libérale et interclassiste ; néanmoins face au confusionnisme ambiant, bien illustré le 7 juin au soir sur les plateaux télé par les interventions « plus écolo que moi tu meurs », on ne peut ni rester muet ni participer au consensus ambiant.

 

  • Dans la campagne du NPA en particulier

 

Il faut donc en pratique décliner l’idée que l’écologie n’échappe pas aux divisions de classe et que seule une écologie anticapitaliste sera à même de défendre un projet d’égalité sociale. Or, ce message est présent dans nos textes fondateurs, en partie dans notre matériel de campagne, mais on pêche sur la mise en œuvre pratique par l’absence de mots d’ordre clairs et percutants, et de campagnes sur des sujets précis. Plus globalement, la ligne directrice de la campagne synthétisée dans le slogan « Nous ne paierons pas leur crise » aurait pu permettre de déployer de façon égale les divers axes de notre programme, si on avait mis en avant l’imbrication des différentes dimensions de cette crise, si on avait su replacer la crise économique dans le contexte environnemental. Les discours d’Olivier Besancenot étaient centrés sur les luttes et contre les effets de la crise dans les entreprises et les services publics. Ce thème est évidemment important, mais la « répartition des richesses » et « l’interdiction des licenciements » n’épuisent pas le sujet : nous ne vivons en effet pas uniquement une crise au niveau économique, mais aussi une crise globale au niveau de la biosphère, avec en premier lieu une crise du climat qui s’accélère. Comment traduire cette dimension, comment rendre concrètes des questions qui se posent dès aujourd’hui, comment faire de la politique de terrain en partant de la conscience grandissante des risques qui pèsent sur notre environnement ? Comment illustrer et défendre notre antiproductivisme  et dérouler un projet de société alternatif à partir de nos réponses à la crise écologique?

Dans la vidéo post-électorale, PF constate à juste titre la montée de cette conscience. Mais dans la feuille de boite sortie le même jour, après le score d’EE, rien n’est dit sur la question. Ce genre de décalage nuit grandement à notre crédibilité et ne permet pas aux militants du NPA de s’approprier la dimension écologiste de notre combat. La feuille de boîte sortie le 15 juin redresse le tir en se ciblant sur la taxe carbone…mais on en reste à une juxtaposition « une semaine rouge une semaine verte » qui est deçà de notre projet et de ce que nous pouvons faire (notamment au vu des articulations réalisées pendant la campagne sur le terrain).

 

Il ne s’agit pas pour nous de cibler des responsables, mais plutôt de voir comment améliorer les choses, à partir d’acquis programmatiques qui tiennent la route. Y compris dans le travail de la CNE qui reste à améliorer. Par exemple au cours de cette campagne, nous avons fourni une série d’argumentaires qui n’étaient sans doute pas bien alibrés pour les candidats, qui tenaient parfois plus du document de formation que d’un outil pratique et utilisable pour une campagne électorale. L’articulation entre l’élaboration de fond et la mise en musique pratique est encore difficile. Par ailleurs, nous n’avons pas été assez réactifs sur l’actualité et sur les réponses à apporter face à la campagne d’EE. Enfin, il faut sans doute réfléchir à améliorer à la diffusion de nos travaux dans l’ensemble du NPA.

Il y a eu des vrais efforts, notamment dans les différentes régions (voir les différents 4 pages : slogans, articulation, travail thèmes locaux), et sur des questions relativement méconnues pour une bonne partie des militants, en particulier la pêche et l’agriculture. Cependant, il faut encore progresser sur la « traduction » tout public de ces propositions et leur appropriation collective dans le NPA.

Quelques exemples de ce qui a été fait à ce propos :

  • dans le Centre, une agricultrice présente sur la liste et qui a contribué à la rédaction des réponses aux interpellations (Confédération paysanne, Terre-net) sur les questions agricoles.

  • Participation à des contradictoires avec le Front de Gauche et Europe Ecologie (nucléaire à Strasbourg, agriculture à Montreuil / forum de la Terre, à Millau …). Dans ces débats, le fait d’avoir un argumentaire articulé entre social et écologie nous a donné une bonne audience et un vrai répondant. Idem dans les passages media où c’est souvent la question agricole qui a été évoquée (PAC, quotas) et où nos candidats qui maîtrisaient la question ont « surpris »

  • présence d’agriculteurs dans des réunions publiques (Cantal, Haut Doubs…). Parfois même avec des élus de Chambre d’agriculture (ex PC/ex Modef dans le Cantal)

  • interpellations d’associations sur les éoliennes, le nucléaire (avec parfois difficulté à rédiger les réponses….)

  • Par contre, peu de retour sur des rencontres de salariéEs en lutte et lien avec l’écologie (à part des cas isolés comme Chinon avec mobilisation à la centrale nucléaire, …)

 

On peut penser que cela a eu une incidence sur nos bons scores dans les régions les plus rurales : Cantal : 5,41 % (OB 3,86% en 2007) ; Haute Loire : 6,32 % ; Puy de Dôme : 6,20 % (OB 5,14% en 2007) ; Creuse : 8,80% ; Haute Vienne : 7,04% ; Indre : 6,83 % ; Jura : 6,10 % ; Haute-Saône : 7,14% ; Tarn : 5,70% ; Lozère : 5,91% ; Ariège : 7,01% ; Saône et Loire : 5,65 % (OB 4,48% en 2007, avec les meilleurs scores dans des cantons ruraux) ; Nièvre : 6,44 %.

En tout cas, il y a eu un changement de dimension et quantitatif et qualitatif dans cette campagne…

 

  • Parmi les choses qu’il faut travailler et les propositions qu’on peut faire :

 

- améliorer les prises de parole publique et les passages dans les médias, notamment celles d’Olivier vu sa place prépondérante dans le porte-parolat. L’organisation des meetings ne sort pas réellement de la juxtaposition des thématiques : l’écologie est traitée par un intervenant, mais dans le discours global porté par Olivier, celle-ci disparait ou est réduite à portion congrue. Les récurrences de la « crise » dans les discours renvoient toujours à la crise économique et financière, sans que celle-ci soit resituée dans la crise écologique. Quant aux passages dans les médias, si Olivier est interrogé sur une question écolo, il peut parfaitement y répondre, mais les choses ne semblent jamais venir de lui-même. On connait les contraintes médiatiques, mais en gros Olivier est attendu sur la question sociale et il parvient rarement à sortir de son rôle de porte-parole des luttes des salariés.

 

- améliorer la collaboration entre la CNE et le système de presse. Jusqu’ici, les articles écologie dans TEAN ou sur le site sont dus à l’actualité ou à quelques propositions, mais ça manque beaucoup de régularité, et la CNE n’a pas été très volontariste en la matière. Il semble nécessaire d’envisager une rubrique régulière dans l’hebdomadaire, charge ensuite à voir entre le comité de rédaction, l’équipe du site et la CNE comment celle-ci s’organise.

 

- l’écriture des tracts nationaux. En tant qu’expression centrale du NPA, les feuilles de boite doivent régulièrement traiter d’écologie. Soit quand un évènement particulier survient  ; soit en l’intégrant dans notre traitement de l’actualité sociale. C’est un exercice difficile, et toutes les feuilles de boite ne n’y prêtent pas, mais qu’il s’agisse de la crise, des licenciements, des services publics… , il est nécessaire que l’écologie trouve sa place. Pourquoi pas intégrer un-e camarade de la CNE à l’écriture de ces tracts ?

 

- stages d’automne – formation . Le dernier CE a proposé la tenue de stages régionaux à l’automne prochain consacrés à la construction. Nous proposons qu’un temps de ces stages soit consacré à notre profil écolo, pas tant sous la forme de formations qu’à partir de questions concrètes qui peuvent se poser aux militants sur telle ou telle campagne, telle ou telle revendication, sur le matériel du NPA… Il faut renforcer la formation « pratique », avec des aspects concrets, des exemples locaux, mutualiser des « kits de formation »…

 

- le renforcement des liens entre les instances et la CNE. Le CPN de juin doit élire les commissions ; il devrait également discuter de la façon dont le travail de chaque commission est intégré à tous les niveaux du NPA. Une discussion spécifique sur notre intervention écologiste pourrait être envisagée lors d’un prochain CE ou rapidement à la rentrée. Parallèlement, il nous faut continuer à structurer la CNE (stage national, lien avec Catherine au CE et les élus CPN Roxanne et Laurent…)

 

- campagnes. La seconde moitié de l’année devra être rythmée par des campagnes écolos (notamment), avec une série d’évènements : camp climat en août près de Nantes, manif à Fessenheim le 3 octobre (et sans doute mobilisations contre l’EPR en Normandie), et surtout sommet de Copenhague en décembre. Nous aurons l’occasion de revenir sur ces évènements, mais il faut d’ores-et-déjà les intégrer à notre calendrier. Pour la plus proche d’entre elles, il faut prévoir une présence du NPA (à voir avec les comités du grand ouest) et d’un porte-parole. Mais également préparer des brochures thématiques en complément de la formation et des campagnes de mobilisation.

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