Dans "l'Humanité" articles sur les électorats FdG et NPA

Publié le par comité NPA Loire Nord

Front de gauche, les raisons d'un choix

 


Une enquête de l’IFOP au lendemain des élections européennes révèle que les citoyens qui avaient voté « non » au référendum sur la constitution européenne ont davantage été sensibles à la campagne du Front de gauche. Un Document de l’Humanité à lire en ligne.

L’une des dimensions de l’analyse des résultats des élections européennes a trait aux motivations qui ont poussé des électeurs de gauche à choisir entre le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), créé en février 2009, et le Front de gauche, constitué sur la base d’une alliance entre le PCF, le Parti de gauche et les militants du courant unitaire de la LCR, devenue NPA.

Fort médiatisé en début de campagne - Olivier Besancenot était souvent cité comme principal adversaire de Nicolas Sarkozy -, le NPA a progressivement cédé du terrain au Front de gauche. Ses militants ont mené une campagne plus active sur le terrain mais qui souffrait d’un grave déséquilibre en matière de relais médiatique.

Comment s’est opérée cette évolution ? Dans quelles catégories socioprofessionnelles le NPA et le Front de gauche ont-ils marqué des points ou, au contraire, n’ont pas été entendus ? L’enquête réalisée par l’IFOP, en coopération avec l’université de Rouen, nous apporte déjà des enseignements précieux sur le profil de l’électeur à la gauche du PS.

On constate, par exemple, que les citoyens qui avaient voté « non » au référendum sur la constitution européenne ont davantage été sensibles à la campagne du Front de gauche, que les municipalités à direction communiste ont souvent creusé l’écart au profit du Front de gauche.

L’étude montre que, dans les régions où le PCF a reculé au cours de ces dernières années, le vote de colère s’est porté davantage sur le NPA. C’est singulièrement vrai dans l’Est : en Lorraine et dans les Ardennes.

Un électorat plus jeune mais moins politisé pour le NPA, des électeurs plus au fait des enjeux politiques, mais plus âgés pour le Front de gauche.

Le dossier n’intéresse pas que les stratèges du NPA et des partis du Front de gauche, il concerne plus largement la gauche dans son ensemble.

Les élections européennes ont planté le décor d’une gauche diverse, sans force véritablement hégémonique, dans laquelle Front de gauche et NPA représentent ensemble plus de 10 % des électeurs français.

 

Jean-Paul Piérot

 

 

  "Deux électorats complémentaires et différents"

Entretien avec Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département Opinion d’IFOP, qui a réalisé l’enquête.

Pourquoi une enquête comparative des votes NPA et Front de gauche ?


Jérôme Fourquet. Nous voulions voir s’il existait des zones de recouvrement dans le domaine sociologique et géographique entre les deux votes, dont les scores ne sont pas foncièrement éloignés l’un de l’autre. Derrière une certaine proximité idéologique et politique, on remarque ainsi que nous sommes face à deux électorats complémentaires et différents. Le NPA est davantage implanté dans les catégories populaires, ouvriers, employés, et chez les jeunes actifs. Le Front de gauche est quant à lui structuré et porté par un électorat plus diplômé, plus ancré dans le secteur public et âgé. La différence générationnelle peut expliquer l’intérêt des votants du Front de gauche pour la campagne et leur bonne prise en compte des enjeux européens. Il n’est d’ailleurs pas surprenant de constater une prime forte en sa faveur dans l’électorat du « non » de gauche au référendum de 2005. Les votants du NPA, moins passionnés par le débat européen, se sont déterminés par rapport aux questions nationales.

 

Comment expliquez-vous que le NPA soit devant le Front de gauche dans les catégories populaires et dans le salariat du privé ?


Jérôme Fourquet. Il faut d’abord dire que la géographie du Front de gauche ressemble à la géographie classique du vote communiste. Il existe donc une forte composante communiste dans l’électorat du Front de gauche. Dans les communes où le maire est communiste ou anciennement communiste, le Front de gauche réalise de bons scores. L’implantation du PCF reste importante dans certaines villes populaires, comme dans le bassin minier, dans le Nord, ou dans certaines banlieues de la région parisienne. Mais dans de vastes territoires ouvriers, je pense notamment au Grand Est, en Alsace ou en Lorraine, le PCF est peu présent, voire inexistant. Et c’est dans ces lieux que les catégories populaires semblent se tourner vers le NPA.

Est-ce à dire qu’ils sont séduits par le discours radical du NPA ?

Jérôme Fourquet. Le score du NPA est moins variable que ne l’est celui du Front de gauche. Dans ses meilleurs endroits, il fait 9% à 10 %, dans ses mauvais, 2 %. Le Front de gauche obtient, au pire 1% à 2 %, au mieux plus de 40 %, quand la ville est détenue par le PCF. Le NPA a une audience dans les catégories populaires, notamment via Olivier Besancenot, sur un discours de radicalité, sachant que ses électeurs étaient moins intéressés par les enjeux européens. Leur motivation devant être recherchée ailleurs, donc sur un vote de rupture, d’opposition frontale à la fois à Sarkozy et au capitalisme. Ce message de radicalité et de contestation passe a fortiori dans des territoires où le PCF n’est plus implanté, là un espace s’est libéré pour le NPA.

Pour quelle raison principale 17 % d’électeurs d’Olivier Besancenot de 2007 ont opté pour le Front de gauche ?

Jérôme Fourquet. On note d’abord que le NPA retrouve moins d’un électeur sur deux d’Olivier Besancenot parmi les votants. Une minorité non négligeable (17 %), qui a choisi le Front de gauche, a été sensible à la démarche unitaire, à la fois du PC, du PG, mais aussi d’autres courants de la gauche de la gauche. Ce qui signifie que la volonté de poursuivre l’expérience référendaire reste vivace.

 

Entretien réalisé par Mina Kaci

 

"Le Front de gauche : un vote territorialement marqué par l’influence communiste"

 

À l’occasion d’un colloque du Centre d’études de la vie politique française (Cevipof), le centre de recherche de Sciences-Po, le chercheur Michel Bussi, professeur à l’université de Caen, s’est penché sur le résultat des listes par région aux élections européennes du 7 juin. Concernant le Front de gauche, dont il a comparé le score avec celui du NPA dans chacune des circonscriptions, il a observé que la fourchette de 5% à 8 %, atteinte dans plusieurs d’entre elles, s’est avérée le seuil utile pour décrocher un élu. Ainsi, Marie-Christine Vergiat est élue dans le Sud-Est avec 5,9 % des voix, soit « le score le plus modeste ayant permis de décrocher un siège dans cette élection ». Une observation qui dément une nouvelle fois l’argument entendu dans les derniers jours de campagne et selon lequel le seuil pour obtenir un élu se situait autour de 10 %.

À l’inverse, le NPA, sous la barre des 5% nationalement, échoue de peu à décrocher un siège dans certaines régions. « Dans l’est et dans l’ouest, le NPA est devant le Front de gauche, mais le Front de gauche est systématiquement devant dans les “régions utiles” pour obtenir un siège », constate le chercheur. C’est le cas en Île-de-France, dans le Nord- Ouest, dans le Sud-Ouest et dans le Sud-Est. En revanche, la performance du Front de gauche dans le Centre-Massif central, où il obtient plus de 8% des voix, ne lui permet pas d’obtenir un siège en raison de la faiblesse du nombre de sièges à pourvoir.

Pour le chercheur qui a analysé les votes à l’échelle des cantons, le score du Front de gauche s’explique par « le vote des bastions communistes additionné à un petit effet Mélenchon  » dans le Sud-Ouest, où le sénateur conduisait la liste, qui a dépassé 8% des voix.

« Les foyers communistes comme l’Allier ou le Cher ont voté plus fortement pour le Front de gauche », observe Michel Bussi. Dans les villes dirigées par un maire communiste, il dépasse couramment les 20 % ou 30 %, voire plus de 40 %, comme à Saint-Pierre-des- Corps (Indre-et-Loire), ville de la tête de liste Marie-France Beaufils. « Des villes ouvrières portuaires comme Le Havre (municipalité anciennement communiste – NDLR) ont fortement voté pour le Front de gauche », relève encore Michel Bussi. Au final, si l’UMP arrive en tête de l’élection dans la quasi-totalité des cantons, il existe « quelques mitages » : « C’est le cas en Vendée avec le vote villiériste, dans les banlieues socialistes et dans les campagnes radicales, dans les parcs naturels (avec le vote écologiste – NDLR) et dans les villes communistes » où la liste du Front de gauche arrive parfois en première position.


Sébastien Crépel

http://www.humanite.fr/Le-Front-de-gauche-un-vote-territorialement-marque-par-l-influence-communiste

 

 

 

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