Résolution soumise au vote du CPN du NPA par les membres du courant "Convergences et alternative"

Publié le par comité NPA Loire Nord

APRES LES EUROPEENNES, CHANGER DE CAP. UNE AUTRE ORIENTATION POUR LE NPA


Les résultats des élections européennes et les manifestations du 13 juin marquent l’ouverture d’une situation difficile pour le mouvement social et ouvrier.

 

LES EUROPEENNES

 

L’abstention est évidemment le fait dominant de ces élections. Pour les salarié-e-s et les jeunes, notamment les plus défavorisé-e-s, l’Europe ne représente pas, c’est le moins que l’on puisse dire, un progrès social. Pour une part, l’abstention est donc un comportement actif et significatif du refus de cette construction. Mais dire cela ne doit pas occulter d’autres questions. L’on pouvait ainsi penser que la crise économique, idéologique et sociale des pouvoirs en place favoriserait l’expression d’une défiance envers les politiques libérales dans une majorité de pays européens. Il n’en a rien été, c’est le contraire qui s’est produit : partout les partis de droite, y compris et surtout ceux au gouvernement, ont été confortés. Dans d’autres pays l’extrême droite enregistre des scores inquiétants. Le parlement européen sera le plus à droite depuis 1979 et la commission européenne sera en mesure de préparer de nouvelles attaques contre les droits sociaux. De ce point de vue le bilan n’est pas bon et il faut le dire.

Les partis sociaux-démocrates sont partout au centre de cette situation et ils en portent la responsabilité. Qu’ils soient italiens, allemands ou anglais, les différents modèles sociaux-démocrates sont en déroute. Cependant, il n’apparaît pas d’expression massive d’une alternative à gauche, loin s’en faut pour l’instant. Là où elle se maintient ou progresse (Bloc de Gauche au Portugal, Die Linke, Syrisa en Grèce, Alternative Rouge Verte au Danemark) c’est là où une politique de rassemblement unitaire a été maintenue. De leur côté les petites formations d’extrême-gauche obtiennent des résultats dérisoires.

 

En France, malgré l’abstention massive, l’UMP et Sarkozy sortent finalement renforcés de ces élections. C’est la première fois qu’un parti au pouvoir n’est pas mis en minorité aux Européennes. Le Parti socialiste subit une déroute. Ce sont bien l’orientation sociale-libérale du PS, son acceptation du traité de Lisbonne alors qu’une majorité à gauche s’était prononcée pour le non en 2005, et ses ouvertures au Modem qui ont été sanctionnées par les électeur-trice-s de gauche. De son côté le vote d’ « Europe Ecologie » revêt un caractère contradictoire. La question environnementale est désormais une question fondamentale pour des franges importantes de la population, c’est évidement positif. Et puis les forces écologistes ont su se rassembler, elles ont pu créer une dynamique, c’est aussi une des leçons de ce scrutin. Mais bien sûr, elles ont fait l’impasse sur la rupture avec le capitalisme, sur la nécessité de sortir du cadre de construction néolibérale de l’Europe, autant de questions qui ne manqueront pas de se poser pour eux. Ce résultat et celui du Parti socialiste montrent dans tous les cas qu’il était possible – et qu’il le reste toujours – de créer un vrai rapport de force face à ce dernier.

 

A la gauche de la gauche ces résultats laissent comme un goût amer. Aucun des deux représentants, l’alliance du « Front de Gauche » et le NPA, n’apparaît comme étant au niveau nécessaire pour représenter une alternative à la droite aujourd’hui. C’est un constat redoutable mais, nous l’espérons, pas définitif, face à l’aggravation de la crise économique et sociale. Le « Front de Gauche », le NPA et LO rassemblent 13% des voix : la recherche d’orientations antilibérales et anticapitalistes progresse. Mais à l’évidence la division en plusieurs listes concurrentes a freiné une dynamique qui aurait pu polariser le débat général. Avec 4,9 % et aucun élu, le NPA ne peut se satisfaire d’un résultat qui n’est pas à la hauteur des attentes de ses adhérent-e-s et militant-e-s. Il montre certes un écho pour nos propositions, mais nous ne pouvons continuer à vouloir incarner à nous seul-e-s l’alternative de gauche qui manque cruellement. Car entre les propositions européennes du NPA et celles du « Front de Gauche », il n’y avait pas de différences significatives pour les électeur-rice-s. Ces dernier-e-s, par leurs votes en partie et par l’abstention pour une autre partie, ont fait savoir qu’une unité même imparfaite était préférable à l’auto-affirmation solitaire d’un parti, aussi populaire soit son porte parole. La crise ne cesse de s’accroître, celles et ceux dont nous voulons représenter les intérêts en sont les grandes victimes. Pour elles et eux cette division n’est pas justifiée et penser et affirmer qu’elles et ils n’ont pas compris notre position sur la question de l’unité pourrait être vécu comme une insulte à ce qu’elles et ils vivent.

 

Et puis il y a l’échec de la stratégie des confédérations, et ses conséquences dans les rapports de force. Les principales confédérations ont réussi à éviter que ne se produise une véritable offensive contre le pouvoir et le Medef. Mais, même annoncé, cet échec, patent le 13 juin, alourdit les rapports de force et la perception qu’en ont de nombreux-ses salarié-e-s. D’autant que le mouvement syndical et social rencontre d’énormes difficultés pour remporter des victoires un tant soit peu significatives. Pourtant les luttes existent, défensives et maintenant offensives. Les premières, de défense de l’emploi essentiellement, rencontrent un véritable écho tant au niveau médiatique qu’au niveau de l’intérêt et de la solidarité que leurs portent les salarié-e-s localement et parfois nationalement, et il est plus difficile pour les pouvoirs de s’y attaquer frontalement. Ce n’est, en revanche, pas le cas pour les secondes qui se heurtent à une opposition déterminée du patronat ainsi que du gouvernement. C’est le cas à l’évidence dans l’énergie qui, après la rapide victoire des méthaniers, connait une explosion sociale inédite qui aujourd’hui couve encore dans le secteur de la production. Mais les électricien-ne-s et gazier-e-s subissent une véritable offensive anti-grève et une répression contre les militant-e-s les plus combatifs sans précédent et cela après plus de trois mois de luttes intenses. Avec la Poste 92 et sa longue grève dynamique mais débouchant finalement sur peu de succès, ce tableau pèse également dans la situation générale. Et la difficulté dans laquelle sont les batailles des enseignant-e-s, chercheur-euse-s et étudiant-e-s ou encore des postier-e-s contre la privatisation montrent que les luttes de défense du service public ont tout autant de difficultés à déboucher sur des succès.

La situation est donc, pour l’instant, favorable à Sarkozy et au Medef. Ils peuvent engager de nouvelles contre réformes, de nouvelles attaques contre le salariat. De la Sécurité sociale à la retraite, les attaques sont dès maintenant planifiées. Ils peuvent également continuer de tenter d’isoler et de réprimer les courants les plus combatifs du mouvement syndical et social. Il ne s’agit pas évidemment de sombrer dans le catastrophisme ou le défaitisme car la crise économique va entraîner de nouvelles conséquences sociales qui feront réagir de nombreux secteurs du salariat. Même s’il n’y a pas de liens mécaniques entre expression de la colère, formes de radicalisation et engagement, dans la recherche de solutions politiques, dans des combats politiques. Dans ce cadre général nous continuons de penser que le refus de faire apparaître un réel front de la gauche de la gauche aux Européennes était une erreur. Il n’est pas trop tard, en faisant le constat de la gravité de la situation politique et sociale, en tirant un bilan public qui ne soit pas auto-satisfait de ces élections, nous pouvons être offensif-ve-s unitairement et participer de façon décisive à la construction du front social et politique qu’attendent par centaines de milliers les travailleuses et travailleurs de ce pays.

 

SUR LE FRONT DES LUTTES

 

La période qui s’ouvre après l’échec de la stratégie des confédérations sera une période de bilan. Les équipes syndicales professionnelles et interprofessionnelles, des fédérations vont chercher à comprendre comment sortir de la situation difficile dans laquelle cette stratégie les place. Nous devons participer à ces débats en en respectant les rythmes, pas en assénant les dénonciations. Nous l’avons vu, les luttes contre les licenciements sont celles qui, dans la période, peuvent le plus générer de solidarité et mettre en difficulté le pouvoir et le Medef. Aider localement au soutien de ces grèves, aider à la mise en place d’une marche nationale posant la question de l’interdiction des licenciements doit mobiliser nombre de nos comités et structures nationales. La défense des libertés démocratiques, du droit de grève, du droit de militer syndicalement, quelle que soit son appartenance syndicale, la défense du droit de manifester et d’agir socialement contre toutes les oppressions et dominations vont devenir un axe de plus en important devant un gouvernement toujours plus liberticide.

 

SUR LE FRONT POLITIQUE

 

Nous devons reconstruire l’unité indispensable de la gauche de gauche, tendre la main sur la base de l’analyse de la situation.

 

Rebondir

Nous devons annoncer en sortant de ce CPN que le NPA propose une rencontre aux organisations de la gauche de gauche afin d’aborder une démarche politique en deux temps :

tester ce qu’il est possible de faire ensemble, face aux urgences immédiates, sociales, écologiques, démocratiques ;

commencer le débat sur les conditions politiques qui permettraient la réalisation d’un rassemblement unitaire aux élections régionales.

L’expression d’un accord sur des propositions communes pourrait commencer à s’affirmer lors des mobilisations sociales actuelles et, à la rentrée, par l’organisation de meetings communs dans les principales villes et le lancement de rassemblements locaux à la base. Entre la phobie anti-électorale et le « crétinisme parlementaire », il existe des marges que nous nous devons de tester ensemble sous le contrôle de notre parti. Pour les Régionales, nous proposons des listes unitaires de la gauche de gauche au premier tour. Nous proposons, en fonction des rapports de force, la fusion au second tour sur des listes de la gauche et de l’écologie politique pour battre la droite, chaque composante de la liste commune gardant sa liberté de vote au sein de l’institution. Ces listes devront permettre que chaque composante puisse décider de sa politique au sein du conseil régional. Sans se faire imposer un contrat d’exécutif qui serait contradictoire aux orientations qu’ils portent, ils rechercheront des majorités de gauche sur des mesures politiques concrètes. Le NPA organisera un débat en son sein, et avec les autres composantes de la gauche de gauche, sur le bilan des politiques et des pratiques au sein des conseils régionaux et les possibilités d’y agir en représentant des intérêts populaires. Nous proposons qu’une conférence nationale de délégués des comités, en décembre, définisse les choix politiques et tactiques du NPA.

Ce débat n’est pas que tactique. Après l’épisode des Européennes, il dira finalement ce que voudra être le NPA dans les années à venir : un nouveau parti d’extrême gauche ayant peut être réussi à grossir ce qu’était la LCR, ou au contraire un parti politique de masse et de classe dépassant la LCR. L’appel initial à former le NPA s’adressait à tou-te-s les militant-e-s et courants issus des traditions socialiste, communiste, écologiste, trotskyste, alternatifs…Il les appelait à constituer un parti recueillant l’héritage du meilleur de ces traditions, à « se rassembler au-delà des divisions anciennes ». La fondation du NPA a représenté un premier pas dans le rassemblement de forces militantes. Mais cela ne doit pas pour autant signifier l’abandon d’une démarche visant à s’adresser aux autres courants de la gauche de transformation sociale. Il faut par ailleurs avancer sur la question des pratiques démocratiques, sur la question du pluralisme au sein du parti, ainsi que sur les modes de fonctionnement et de décision, qui s’appuient encore beaucoup trop sur les habitudes et les mécanismes routiniers de l’ancienne LCR. Pour dépasser cette situation, un débat politique nouveau doit s’engager, et de nouvelles procédures (consultation des militant-e-s, référendum d’initiative militante…) doivent être discutées.


Publié dans Courant Unitaire

Commenter cet article