« Où est l’oumma ; où est le monde arabe dont ils nous parlent à l’école ? »

Publié le par comité NPA Loire Nord

Par George Galloway 
(député britannique)

« Où est l’oumma ; où est le monde arabe dont ils nous parlent à l’école ? »


Ces mots resteront à tout jamais gravés dans ma mémoire. Ils furent prononcés par une fillette de 10 ans dans une ruine, bombardée à Gaza au mois de mars dernier. Elle avait perdu pratiquement toute sa famille au cours des 22 jours de bombardement par Israël au début de l’année. Quand elle a repris la parole, je lui avais déjà tourné le dos ; quelle réponse pouvais-je bien lui offrir ?


Alors que Hugo Chavez avait expulsé l’ambassadeur israélien du Venezuela, les dirigeants de la Ligue Arabe, à quelques rares exceptions près, ont passé ces semaines meurtrières de décembre et janvier à bredouiller avec parcimonie les indignations, même les plus attendues, qui ont si souvent accompagné les précédentes épisodes sanglantes de la tragédie palestinienne.

Mais ce n’était pas le cas de l’opinion publique, et pas uniquement celle du monde musulman, qui s’est mobilisée dans les rues des capitales occidentales. En Grande Bretagne, plus de 100.000 personnes sont descendues dans les rues et nuit après nuit nous avons bloqué l’ambassade israélienne. Surtout, le massacre à Gaza a provoqué des manifestations sans précédent aux États-Unis. Bien sûr, il y a déjà eu des manifestations, mais elles n’étaient que des éruptions éphémères de rage impuissante. Quelque chose est en train de changer.

Cela me paraît de plus en plus évident après deux mois de conférences sur la Palestine dans des salles combles à travers les États-Unis. Les sondages au mois de janvier ont montré une majorité d’américains contre le massacre israélien. Cela n’a peut-être pas constitué une surprise pour ceux d’entre nous qui ont assisté à l’écrasement de Beyrouth par Ariel Sharon au cours de l’été de 1982, mais la vue du phosphore blanc – qui forme un nuage gazeux – employée contre des civils à Gaza a choqué des millions de gens à qui on avait réussi à faire croire que, d’une certaine manière, c’était les Palestiniens qui occupaient la terre d’Israël et non l’inverse.

Des militants vétérans de la cause palestinienne m’ont confirmé qu’une d’opportunité se présente pour sortir la cause palestinienne du ghetto et investir la scène politique – aux États-Unis comme en Grande Bretagne, qui partagent la plus lourde responsabilité des souffrances palestiniennes : les États-Unis comme bailleur de fonds de la colonisation israélienne ; la Grande Bretagne comme l’auteur de la tragédie de 1917, lorsque le dirigeant d’un peuple, le secrétaire d’état britannique Arthur Balfour (un antisémite), accorda aux dirigeants supposés d’un autre peuple, le mouvement sioniste, la terre qui appartenait à un troisième peuple, les Palestiniens. Et le tout sans demander l’avis du peuple, ce qui constitue une belle prouesse, même pour l’impérialisme britannique.

Comment dés lors impulser une campagne en faveur de la Palestine similaire à celle qui a contribué à faire tomber l’apartheid, entre le marteau de la résistance de l’ANC et l’enclume de la solidarité internationale ? C’est cette question qui est à l’origine de mes allers-retours incessants au-dessus de l’Atlantique, entre conférences et récoltes de fonds ici (aux États-Unis – NDT), et le développement d’une crise politique extraordinaire là-bas (en Grande-Bretagne - NDT). C’était la question que nous nous posions lorsque nous défilions devant l’ambassade d’Israël aux cours de ces froides journées de janvier.

Les manifestations étaient importantes. Tous ceux qui en doutent devraient écouter ceux qui vivent sous le siège et dont la capacité de résistance se renforçait chaque fois qu’ils voyaient les images des manifestations sur Al Jazeera ou Press TV. Mais elles sont insuffisantes, comme sont insuffisants les discours, même s’ils étaient nécessaires. Les actes disent plus que les paroles. C’est pour cela que le 10 janvier j’ai annoncé, à la grande manifestation de Londres, que j’allais mener un convoi d’aide humanitaire depuis la Grande Bretagne jusqu’à Gaza.

Nous avons décidé de partir à peine cinq semaines plus tard et nous avons emprunté une route difficile – par l’Espagne, à travers la Maroc et ensuite à travers le Maghreb. Nous espérions rassembler une douzaine de véhicules environ. Au final, nous sommes partis de Hyde Park le 14 février avec 107 véhicules, 255 personnes et environ 2 millions de dollars d’aide. Quelques 23 jours et 8000 km plus tard, nous sommes entrés dans Gaza. Et maintenant nous allons recommencer, mais cette fois-ci à partir des États-Unis.

Le 4 juillet, Ron Kovic, vétéran du Vietnam [personnage dont la vie a fait l’objet d’un film célèbre « Né un 4 Juillet », d’Oliver Stone, avec Tom Cruise – NDT], moi-même et quelques centaines de citoyens américains, nous nous envolerons de l’aéroport JFK (New York – NDT) pour le Caire où nous formerons un convoi composé de centaines de véhicules transportant une aide médicale vers Gaza. Nous serons en Égypte exactement un mois après le discours historique du Président Obama qui propose une nouvelle relation, basée sur le respect mutuel, entre les États-Unis et le monde musulman. Et à cause de ce discours, il est plus impératif que jamais que tous ceux qui le peuvent participent à ce convoi.

Car le discours d’Obama était ambigu, tout comme sa campagne électorale et sa présidence. Il y avait la réaffirmation d’un soutien en Israël et la continuité d’une politique étrangère qu’il serait naïf de ne pas attendre d’un président américain. Mais il serait facile de se vautrer d’un air supérieur dans les propos ronflants et cyniques qui caractérisent une trop grande partie de la gauche depuis bien trop longtemps. Parce que dans le même temps, l’appel adroit d’Obama pour un dialogue plus respectueux entre l’Est et l’Ouest ouvre de nombreuses voies pour les amis de la cause Palestinienne et Arabe. Si vous en doutez, observez les réactions hystériques de la droite israélienne, maniant des sous-entendus comme à leur habitude, qui comparent l’opposition au programme de colonisation à un génocide.

Nous pensons qu’Obama a raison lorsqu’il dit que si les États-Unis veulent réduire l’animosité à leur encontre, il leur faut changer radicalement de politique. La voie qu’il a indiquée au Caire mène dans la bonne direction. Mais il s’est arrêté en chemin. Littéralement. Le chemin qui mène à quelques centaines de kilomètres à travers le désert plus au nord du delta du Nil, à travers le Sinaï et jusqu’à Gaza. D’où l’organisation de ce convoi, dont les objectifs sont multiples.

Premièrement, il faut apporter une aide urgente à une population qui subit un siège. Nous sommes un maillon de la chaîne de ravitaillement que d’autres, qui ont envoyé aussi des délégations à Gaza, ont réussi à créer.

Deuxièmement, il s’agit d’y amener des gens, beaucoup de gens – des Américains. Personne ne doit sous-estimer l’impact que cela aura sur le peuple palestinien. Notre hôte du mois de mars a souligné que la présence si nombreuse de britanniques avait plus de valeur que l’aide apportée. Cela signifie des centaines de personnes rentreront chez eux comme ambassadeurs de la Palestine, dans de nombreuses villes à travers tout le pays. Pour les habitants de la bande de Gaza, c’était la preuve vivante qu’ils n’avaient pas été oubliés.

Troisièmement, il s’agit de contribuer à faire changer l’opinion publique américaine sur cette question. Et lorsque l’opinion publique change, la politique change – même si le mécanisme est complexe et difficile. Au cours des huit années sombres de l’ère Bush, on a assisté à une criminalisation de la solidarité avec la Palestine. Des organisations entières, musulmanes et arabes, ont été interdites, leurs dirigeants ont disparu ou ont été déportés ou emprisonnés, comme l’incroyable procès et verdict prononcé contre ceux de Holy Land Foundation (fondation terre promise). Avec ce convoi, nous voulons y mettre fin. Nous voulons que des représentants de tous horizons de la société américaine y prennent part et démontrent que ce chemin n’est plus un sens interdit ; que l’objectif est la Palestine et que personne ne nous fera rebrousser chemin.

À Gaza, Ron Kovic distribuera des fauteuils roulants aux amputés palestiniens. Ce sont des images qui seront transmises par les médias du monde entier [Galloway connaît-il la capacité de censure des médias français ? NDT]. Laissons les partisans enragés du régime Netanyahu-Lieberman donner de la voix. C’est un combat de relations publiques que nous attendons avec impatience.

Il ne sert à rien de rester les bras croisés à supputer ce que ce Président fera ou ne fera pas. Si nous réussissons à marquer des points ce 4 juillet, et au-delà, cela pourrait aider à faire pencher la balance, en plaçant les partisans jusqu’au-boutistes d’Israël sur une position de défense et encourager Obama à avancer un peu plus sur ce chemin poussiéreux.

Dans un certain sens, George W. Bush avait une excuse pour tous les ravages qu’il a provoqués : ce type est un imbécile fini. Barack Obama n’a pas cette excuse. Il est très intelligent et cultivé. Il a rencontré le regretté Edward Said. Il connaît non seulement le nom du président pakistanais, mais il peut aussi prononcer le nom du pays.

Si un nouveau sentiment pour la Palestine se lève dans ce pays, et s’il se concrétise en termes politiques, personne n’aura plus d’excuse pour ne pas faire ce qui est juste.


George Galloway
député britannique

Publié dans International

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