Contribution au débat : Après les Elections Européennes José-Christian (Gironde 33)

Publié le par comité NPA Loire Nord

Le score de nos listes à ces élections montre un enracinement des votes NPA avec des candidats
inconnus du grand public, et des scores qui sont intéressants.
Ceci dit nous aurions pu espérer mieux, car s’il est vrai que la période est à une baisse (organisée)
de la lutte sociale, la crise du capitalisme et ses conséquences permettent de porter favorablement
l’anticapitalisme. Nous apportons ici quelques éléments, tels que nous les ressentons, qui auraient
pu permettre selon nous, d’aller au-delà, électoralement, mais pas seulement électoralement, et
qui sont des pistes dont souhaitons qu’elles soient débattues pour l’avenir… immédiat.
Sur le Front de Gauche :
En refusant d’expliquer notre position publiquement et de répondre à la polémique (sectaire pour le
coup), engendrée par le front/de/gauche (le front de gauche a refusé notre proposition unitaire, il
est faux de dire que nous avons décidé d’y aller seul, de défendre « notre boutique » mais, au
contraire, nous avons proposé l’unité au front de gauche mais aussi à LO, aux alternatifs etc… et
si unité il n’y a pas eu c’est qu’ils ont refusé nos propositions), on a laissé le champ libre à la
campagne du PC et du PG, on a laissé s’installer l’idée, parmi ceux qui hésitaient, que nous
aurions refusé par « sectarisme » cette unité.
Comme on n’a rien dit publiquement (en particulier dans les interventions médias de Besancenot)
alors que Mélenchon (*) et buffet n’ont cessé de faire le contraire, on a permis à la presse de
reprendre cette thèse en permanence : « on aurait choisi de faire cavalier seul, de se compter
etc »…
« Ne pas avoir d’ennemis dans ce camp là » est une bonne position. Mais cela ne doit pas se
traduire par : on ne répond pas aux attaques des autres, on ne développe pas nos propres
positions et propositions.
En ne répondant pas, on n’a pas permis que le débat « comment fait-on pour construire une
gauche qui ne trahit pas lorsqu’elle accède au gouvernement et à la gestion des municipalités » se
développe. Même au-delà de ces élections, il s’agit d’une erreur car notre absence d’expression
sur ce sujet ne permet pas d’éclairer publiquement un débat capital qui reste et va rester
d’actualité.
Nous faisons comme s’il était évident pour tout le monde que Mélenchon (par exemple) a comme
perspective de refaire un gouvernement avec le PS ; et comme si naturellement tous les gens (y
compris de notre « mouvance » d’idées) ne partageaient pas cette position.
Or, beaucoup ne connaissent pas le projet politique de Mélenchon. Et pour une partie de ceux qui
le savent, faire alliance avec le PS peut apparaitre comme la seule perspective crédible pour sortir
Sarkozy, surtout si on ne rend pas crédible un projet alternatif.
Il faut non seulement éclairer les positions des uns et des autres mais aussi argumenter pour dire
en quoi les expériences des gouvernements de front de gauche précédent depuis 81 ne sont pas
la bonne voie. Peu de gens finalement se souviennent que Buffet et Mélenchon étaient dans le
gouvernement qui s’est fait sortir (sans même être au second tour) par l’électorat populaire… en
raison de la politique qu’il a menée.
Offensif sur la question de l’Unité :
La manière dont nous avons appréhendé cette question de l’unité a été défensive, alors qu’au
contraire c’est nous qui devrions être à l’initiative sur cette question. Et cette question est plus que
jamais d’actualité.
Concernant les autres formations situées à la gauche de la gauche, au lieu de subir les
appels non dénués d’arrières pensées (*) des autres, nous devrions faire des propositions
concrètes à tous pour un rassemblement. Car il s’agit d’offrir une perspective crédible à la fois de
débouchés aux luttes et à la question du pouvoir. Nous pensons que l’indépendance avec le PS
est effectivement un élément capital.
Mais nous devons être à l’offensive et mener une campagne avec un texte clair de propositions
pour constituer un vrai front unitaire qui ne sera pas soluble dans des alliances de gestion et de
gouvernement avec un PS sur les conditions et la politique de celui-ci.
De même il faut aussi marteler sur le fait que nous savons qu’une alternative sera forcément le
fruit d’un regroupement avec d’autres. Nous devons proposer un projet unitaire en développant les
contours que nous proposons pour ce regroupement, ses bases politiques, et aussi ce que nous
ne voulons pas. Si nous agissons ainsi, nous permettrons à d’autres forces et individus de se
reconnaitre. Et ceux qui ne s’y reconnaitront pas seront alors amenés à « refuser » nos
propositions et à s’expliquer sur leur contenu. Il y aura débat public sur la base de nos
propositions. C’est bien plus offensif pour nos idées que de se retrouver le dos au mur…
Concernant le PS, nous connaissons tous (comme militants) les politiques qu’il a menés quand
il était au gouvernement et son programme politique libéral. Beaucoup d’électeurs s’en sont
détachés pour s’abstenir, voter « Europe Ecologie », voter un peu pour le front de gauche et le
NPA. Nous devons montrer à tous ceux-là que nous sommes prêts à mener les discussions sur le
programme politique que nous leur proposons et qui s’appuie sur ce que nous avons développé
lors des campagnes électorales (partage des richesses pour satisfaire les revendications sociales ,
écologiques, démocratiques etc..).
Nous devons les mettre en situation de se prononcer sur notre programme et sur les moyens de
satisfaire les revendications populaires afin de permettre aux travailleurs et à la majorité de la
population de comprendre les enjeux et de se déterminer sur ceux-ci.
Les Luttes et les Urnes :
Par l’ambigüité de notre campagne, on laisse entendre que ces élections ne servent à rien,
qu’elles ne changeront rien, et que, à part servir de « porte voix aux luttes », on ne peut rien (nous
caricaturons un peu, mais si peu). Pourquoi voulez vous que des gens aillent voter pour nous si
« cela ne sert à rien » ? La campagne présidentielle de Besancenot (en particulier sur le partage
des richesses) était bien meilleure, car il y avait l’idée «de proposer » des solutions politiques et de
démontrer qu’elles étaient possibles.
Peu de gens vont aux urnes pour voter… l’idée de faire grève. Le soutien aux luttes est
absolument nécessaire et la campagne de ce coté là a été bonne. Mais cela ne suffit pas. On
attend de nous que l’on propose une solution politique et que l’on rende crédible une alternative
politique. Pourquoi opposer les luttes et les urnes ?
Ce qui anime le NPA c’est la volonté d’en finir avec le capitalisme et de mettre en place un projet
de société alternatif radical. Pour ce faire, nous nous devons d’utiliser tous les outils y compris les
élections. Avoir des élus doit être un objectif et nous devons le marteler pour répondre à tous ceux
et toutes celles qui voient le NPA comme seulement un excellent parti de luttes de contestation,
mais pas de changement pour leur vie. Nous ne voulons pas des élus seulement pour « témoigner
et dénoncer » mais qui s’engagent à défendre et à faire voter des lois favorables au plus grand
nombre (loi pour une interdiction des licenciements par exemple).
La tentation de ne s’adresser (par choix ou par une campagne mal maitrisée) qu’a la frange qui
« lutte », fait que l’on oublie parfois (par le message que l’on fait passer) que des millions de
personnes sont dans la merde, proches de nos idées sur bien des points, mais coupés des luttes
ne serait-ce que parce qu’elles bossent en situation de précarité, ou dans des entreprises petites,
sans syndicat, et sans tradition de luttes (c’est ce phénomène qui engendre aussi par ailleurs les
fameuses « grèves par procuration »), ainsi que les retraités, les chômeurs etc. Cela représente au
moins 41 millions d’électeurs en France !
Nous devons apporter une réponse globale à tous. Nous devons nous adresser à tous et pas
uniquement (ce qui ne veut pas dire que nous ne devons pas le faire, au contraire) à la frange la
plus avancée dans les luttes.
De même la grève générale est-il un objectif acquis pour l’ensemble ou même la majorité des
salariés ? La difficulté à la lancer est-elle seulement due aux blocages des bureaucraties
syndicales (soutenues sur cette question par le pc et le pg) ? Certes ce blocage est très important
et il est un frein majeur que nous n’avons pas pu pour l’instant contourner.
Mais à l’évidence la division et l’individualisation ont aussi imprégné la société (politiques de
promotions individuelles partout, négociations par établissements, mise en concurrence dans une
même entreprise, filialisions avec plusieurs entreprises et statuts dans une même entreprise
etc…), et nous devons aussi convaincre les travailleurs de cette nécessité absolue qu’est la grève
générale si nous voulons gagner et non pas seulement manifester pour afficher un
mécontentement.
Le mot d’ordre de grève générale ne doit pas être qu’incantatoire. Il nous fait l’expliquer. Nous
avons commencé à développer l’idée que la grève serait plus efficace avec des journées
regroupées plutôt que dispersées sur une année, ce qui est une bonne façon de faire avancer
cette idée.
Gouverner ou pas ?
Enfin, l’ambigüité de notre position sur « gouverner » fait que nous avons plein (vraiment plein) de
gens autour de nous qui disent « ce que dit Besancenot c’est très bien, mais à quoi bon voter pour
lui, de toute façon il ne veut pas aller au pouvoir »…
On peut, sans changer un iota de tout ce qu’on dit ensuite (y compris que cette forme de pouvoir
ne nous convient pas, sur les institutions, notre vision démocratique etc…) répondre clairement et
sans faux détours que, oui, on veut être ELU et que si tel est le cas, oui nous irons défendre nos
idées et, si nous sommes majoritaires sur elles ou sur certaines d’entre elles : oui, nous irons
gouverner pour les mettre en application.
José Sanchez - Christian Lacour
(*) Mélenchon peut ainsi se permettre de continuer sans être contredit, avec une nouvelle déclaration « très
unitaire »(sic) au lendemain de l’élection sur Itélé : « "Olivier Besancenot doit aussi rompre avec cette politique solitaire, et
une certaine forme de sectarisme »…

Commenter cet article