Une base solide pour le npa au moment des choix décisifs à gauche

Publié le par comité NPA Loire Nord

Bonjour,
Notre camarade Raoul a envoyé un premier bilan, dont je partage certains aspects, tout en ne leur donnant pas la même importance. Je vous joint ma contribution en attendant une discussion plus approfondie par le BI et le CPN. Amitiés, samy



Une base solide pour le npa au moment des choix décisifs à gauche
 

 
Certes il faudra tirer le bilan détaillée de notre campagne. Depuis le style d’affiches, de bulletin de vote, du rythme qui lui a été donné, du site, du journal, jusqu’aux thèmes mis en avant et de leur équilibre. Il faudra juger de la portée des thèmes écologiques, où certainement il y a du travail à faire encore pour passer des déclarations générales à une imprégnation effective. Il faudra discuter de tout. Mais le présent texte ne le fera pas. Il cherchera uniquement à justifier son titre : le npa ne réussit pas si mal, et il est, plus que jamais, le seul en mesure de répondre aux grands défis que posent la défaite de la social-démocratie et la mise en route, à peu près inévitable, de nouvelles moutures « d’union de la gauche ».
 
L’abstention et la crise
On ne peut pas noter en passant la force de l’abstention, puis poursuivre l’analyse en l’oubliant. C’est une question centrale, surtout qu’elle est clairement ciblée : jeunes, précaires, ouvriers. Cela signifie que plus que jamais cette élection donne une image très biaisée du sentiment réel. Il facile de saisir que c’est particulièrement vrai pour notre parti. Mais d’un autre côté, cela signifie aussi que les classes populaires et la jeunesse sont restées muettes, avec un paradoxe inquiétant. La crise du capitalisme ne produit pour l’instant aucun mouvement de révolte électoral, qui aurait pu se porter sur le npa ou le fg. La droite, minoritaire, reste soudée autour du gouvernement ; le PS s’effondre, avec la percée historique d’Europe Ecologie. Le score de ce rassemblement est d’ailleurs certainement composite, même si sa direction est clairement à la droite du PS. De plus, comme toujours, surtout dans une élection de ce type, et avec un tel biais social dans la participation, il faut se garder d’en tirer des conclusions définitives. Mais la preuve reste à faire que la force de la crise capitaliste peut produire autre chose que du repli au moins sur le plan électoral (d’autant que dans le reste de l’Europe c’est pire, avec la montée un peu partout de l’extrême droite). Ce n’est que faiblement que les pertes du PS vont vers la gauche de la gauche, qui passe de 9,21 à 12,15 et uniquement grâce au npa (j’y reviens ci-après).
Il faudra, pour juger de ceci, attendre les régionales qui se dérouleront dans des conditions bien différentes. Mais le triomphe général de la droite en Europe indique malheureusement que les premiers effets de la crise ne poussent pas à gauche.
 
L’absence totale de dynamique électorale du Front de Gauche
Contrairement à ce que laissait entrevoir la fin de la campagne et la masse de commentaires favorables (c’est pas tous les jours que l’on voit Libé appeler à voter pour le PC…), le FG stagne totalement. Le PC obtenait 5,88% en 2004 et le FG obtient 6,05% en 2009. Si l’on s’en tient à la France Métropolitaine, c’est 5,72. C’est une autre preuve que le « non » de 2005 n’a plus guère de sens, la première étant la facilité avec laquelle Europe Ecologie a surmonté la coupure de cette époque. Certes l’effondrement du PS permet mécaniquement au FG de gagner deux élus de plus (dont, symboliquement, Mélenchon). Cela dit cette stagnation cache le fait que cette alliance a quand même permis de stopper la chute continue du PC et de contenir la progression du npa. Il reste que son avenir est encore plus problématique que ce que l’on pouvait prévoir. Le torchon semble brûler déjà en interne au PC devant ce qui apparaît comme une opa de Mélenchon (c’est quand même un monde que dans le fameux « débat » sur la 2, ce soit le sénateur qui représente ce que la presse appelle « le FG de JL Mélenchon »). Plus fondamentalement, la poursuite en solo du FG est clairement une impasse et on sait déjà que c’est vers la discussion d’une nouvelle alliance avec le PS (et pas seulement pour les régionales) qu’il va se porter. Même Mélenchon s’y déclare favorable, à condition d’en écarter le modem, justement fortement affaibli. Or le centre de gravité de ce possible nouveau rassemblement sera encore plus au « centre » avec la stagnation du FG. C’est, clairement, une évolution à l’italienne qui est en discussion. Les clarifications que nous annoncions vont sans doute se dérouler encore plus vite. L’enjeu est évidemment pour nous de savoir combien de soutiens du FG suivront ce mouvement (et même du PS et des Verts), et combien s’en détacheront. Ce qui dépend crucialement de ce que nous ferons nous-mêmes.

La question de l’unité
Une alliance FG/Npa aurait-elle permis de donner un élan électoral comparable à la gauche du PS que celui d’Europe écologie ? On peut en douter au vu de la démobilisation populaire, et (certes l’argument est à manier avec précaution) du quasi échec de Die Linke en Allemagne. De plus, dans un accord de ce type, les additions arithmétiques sont rarement vérifiées. Mais il est vrai qu’il est impossible de juger de la portée d’une hypothèse qui ne s’est pas réalisée, et on peut supposer que la discussion interne au npa avec les camarades qui ont défendu cette option ne pourra pas facilement être tranchée. Mais il paraît clair que si on l’avait choisie, nous aurions aujourd’hui le plus grand mal à refuser de suivre le mouvement qui va s’engager dans l’ensemble de la gauche. Il reste que le FG a réussi dès le début à imposer sa vision « de l’unité », du moins dans les milieux militants. Il y a à cela plusieurs raisons. La première est que notre propre proposition est venue très tard, après plusieurs mois laissés au FG. La seconde est que nous avons certainement sous-estimé la nécessité des efforts à faire pour expliquer plus ce que nous pensions. Mais je pense qu’il faut aller plus avant. La volonté unitaire dans un environnement que tout le monde sait difficile est logique, salutaire. L’idée que l’on pouvait le temps d’une élection mettre de côté ce qui séparait (la relation avec le PS) avait sa propre force loin d’être indéfendable (elle a été d’ailleurs défendue dans nos propres rangs). Le problème est que cette volonté unitaire se mélange en permanence avec celle de faire passer une ligne particulière sous ce drapeau - celle du PC et du PG - une nouvelle union avec le PS « rééquilibrée » sur la gauche. Nous sommes en position de faiblesse quand nous n’arrivons pas à faire apparaître ce drapeau, et en position de force quand nous y parvenons, comme nous l’avons fait aux municipales. Sur ce genre de question, il faut parler tôt et clair. Je propose que notre prochain cpn lance un appel explicite à la poursuite de notre proposition d’accord durable dans les luttes comme aux régionales, avec des listes indépendantes du PS, sans participation aux exécutifs, contribuant à la défaite de la droite avec des fusions « techniques » aux seconds tours. Il faut le faire sans attendre, d’autant que l’état de crise de la gauche en général va à tous les coups étendre la volonté « unitaire » bien au-delà de la gauche de la gauche. Ce ne sera pas une bataille facile, mais si on ne tarde pas, elle aura le mérite de la clarté : unité oui, mais indépendante du PS.
 
Une base électorale solide
Reste à discuter nos propres résultats. Inutile de transformer en succès ce qui est en fait une bonne résistance. Ce n’est pas le FG qui nous a empêché de faire mieux, vu sa stagnation. Ce sont deux éléments insurmontables. L’échec de la vague de luttes de l’hiver (notre baisse dans les sondages est absolument concomitante de la prise de conscience de ceci dans le peuple). Et puis l’abstention massive dans notre électorat potentiel, sans que nous parvenions à la combattre. Mais cela signifie a contrario que le potentiel est important si nous  parvenons à mobiliser. Il faut y ajouter l’hostilité générale qui s’est imposée à notre égard dans la sphère politico-médiatique. Que nous parvenions à 5% dans ces conditions est notable, d’autant que nous le faisons avec d’excellentes nouvelles têtes de liste. Ce n’est pas rien non plus qu’en pourcentage, le npa fait mieux que notre porte-parole le plus connu à la Présidentielle. Avec LO, la LCR atteignait 2,6% en 2004. Je pense qu’en tant que LCR, le résultat aurait été du même ordre en 2009. Si on compte 1,15% pour LO, on passe de 1,5 à 5. Seul le npa pouvait y parvenir. Nous n’avons pas d’élu, et c’est très dommage. Mais notre parti a cinq mois d’existence. Si nous parvenons à régulariser notre fonctionnement, à garder nos adhérents et à en gagner de nouveaux, nous pourrons dire que nous aurons passé avec succès notre premier test électoral. Cette élection était la plus difficile, et de loin. Désormais, la gauche est devant son avenir, et le npa est sa seule chance devant le glissement continu au centre. Bien entendu, son avenir est lié aux luttes sociales. Mais du point de vue électoral, n’en déplaise aux commentateurs divers, il est maintenant installé.




Samuel Johsua

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